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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 00:01

NOTE : Ce texte a été écrit il y a quelques années. Ma situation a quelque peu changé (à savoir que je ne manque de rien aujourd'hui, sur les sujets qui me préoccupaient ci-dessous). Et puis, puisqu'il s'agit de ça, mon boulot à changé surtout, et c'est pour le mieux, comme vous pourrez le voir :

...

 

En tout cas, qui l’aurait crû, parler d’ennui m’occupe et fait passer le temps. L’ennui s’efface devant son expression. Pourtant tout ceci me limite. Plus j’y pense et plus je bloque. L’ennui m’occupe mais occupe toutes mes pensées. Je n’arrive à rien d’autre qu’à disserter sur son inutilité et son universalité. Partout où je regarde, je ne vois que lassitude des corps et des esprits comme si tout autour de moi se devait d’appuyer ma réflexion.

Le temps passe bien trop lentement pour me presser et je perds en efficacité. Mon travail ne s’en trouve pas lésé puisqu’il est inexistant passées les toutes premières heures de la journée, mais mon esprit s’enlise dans cette purée gluante composée pêle-mêle de morceaux d’images, de souvenirs et de temps en temps de grumeaux d’idées auxquels je me raccroche et dont je tente de tirer toute l’inspiration possible, chose qui m’embrouillera l’esprit pendant quelques jours et finira par me tenir en haleine pendant presque une journée où j’entrapercevrai furtivement le bout d’un tunnel qui n’existe que parce qu’on l’imagine, et qui s’apparenterait plus à un puits dans lequel on s’engage en espérant être capable de faire demi-tour si rien ne nous attend au fond. En supposant qu’il y ait un fond.

 

La recherche de travail s’avère infructueuse. En réalité, du travail, j’en trouve, pour les autres, mais cela ne m’occupe pas tellement plus que mes propres tâches, même en les cumulant. Je crois avoir atteint un point de non-retour à partir duquel mon cerveau ralentit progressivement pour atteindre le niveau général et ronronner gentiment comme le font tous les ordinateurs qui m’entourent. Ce seul bruit peuple la pièce. Aucun mouvement qui ne soit pas bien à propos devant son ordinateur, pas une parole, pas un son qui fausse cette harmonie électronique, pas même une odeur qui supplante la moquette et la cire pour le bois des bureaux.

Et ma présence, quasi immobile devant mon écran ne dénote plus depuis longtemps de cette forêt de bois mort, pourrissant à la lumière des néons, lumière trop vive que leurs yeux fatigués demandent plus douce dès 8h30. Visages endormis, bras amollis par le poids d’un travail inexistant.

L’ennui se lie au stress quand au hasard de pérégrinations ponctuelles, un chef s’égare et s’intéresse soudainement aux activités produites par ce petit monde. Il faut alors cacher ses occupations et trouver du travail que l’on a pas voire simuler une soudaine excitation professionnelle en cliquant follement de fenêtres en fenêtres ou en remuant des dossiers aux intitulés déjà partiellement effacés par le temps.

 

Combien de temps que je stagne dans ce cloaque, que je squatte une place qui n’est pas plus la mienne que celle de n’importe quel humain digne de ce nom ? Les journées s’accumulent au rythme des transports en commun et on ne différencie plus les jours de la semaine que lorsque la grande gueule d’à côté se félicite d’être en Week-end un jour avant les autres ou d’en être revenu un jour plus tard car elle s’ennuie un peu plus chaque soir pour profiter de journées entières à ne pas baver mollement sur la moquette usée, le cul sur un fauteuil de bureau usé, les yeux usés sur un moniteur usé en compagnie de collègues usés par la vie, l’absence de travail et la salle de fitness.

 

J’ai soudainement l’impression d’écrire un testament qui donnerait à chacun sa vérité en pleine tronche. Ca les occuperait au moins un peu. J’aurais apprécié un tel geste pour adoucir ma peine. A défaut j’écris pour m’occuper, j’écris pour attendre, j’écris pour oublier pourquoi j’écris. Difficile, hein ?!

Mon dieu que la mort semble loin quand on n’a rien à faire en l’attendant. Extérieurement je pourris, à l’intérieur je bous. Mon esprit additionne les idées de violence et d’amour dans un corps à corps qui me permet de fuir, ponctuellement, en vue de sauvegarder ma santé mentale mise à mal par une utilisation quasi nulle de mes capacités intellectuelles.

Mais comment diable certains peuvent subir cela depuis plusieurs décennies déjà sans avoir sauté par la fenêtre ou buté l’abruti du bureau d’à côté ? Je réalise avec stupeur que depuis deux ans je me fonds doucement dans la masse informe et amorphe des salariés, comme une énième pelleté de merde lancée négligemment sur le tas de fumier, non pas pour en améliorer l’odeur ou l’efficacité mais juste pour en augmenter la quantité.

Ne vaux-je pas mieux que ces crétins invertébrés pendant mollement au-dessus de leur clavier ? Serait-il possible que je reproduise leur comportement tout en les méprisant, me croyant supérieur au troupeau simplement parce que j’ai eu la force de lever les yeux de l‘herbe grasse et que je réalise que c’est la routine qui nous guide d’un pré à un autre. Je regarde, je dédaigne, je condamne même, et je suis. Qu’importe où va la foule, je suis le mouvement tout en le méprisant.

Mais que faire ? S’isoler en ermite jalousant les imbéciles heureux qui profite de leur inutilité sans s’en rendre compte ? Se poser en révolutionnaire, obligé à de douteux coups d’éclat pour qu’enfin son discours soit entendu ? Changer le système de l’intérieur, s’intégrer aux têtes pensantes censées sauver la société à coup de réformes aussi impopulaires que ceux qui les proposent ?

Et pourquoi pas ? Se glisser dans le flot (encore !) des partisans de tel ou tel parti susceptible d’obtenir le pouvoir pour donner sa vision personnelle de ce qui doit être fait. Et l’appliquer. Au moins la proposer.

Voilà toute la différence : On ne décide pas seul contre 60 millions, mais après un consensus. Alors il est difficile d’imposer une réforme à des cons en leur disant « Vous êtes des cons, laissez-moi faire. »

L’efficacité de cette démarche est à démontrer et je doute fortement de sa pertinence.

Finalement, ne faut-il pas plutôt reproduire à la tête de l’état ce qui fonctionne si bien en bas de l’échelle : Un niveau d’activité proche du néant pour une brochette de mollusques se contentant de cela. Il me semble que ce mode de fonctionnement a déjà été testé, non ?

 

L’ennui s’infiltre partout et plutôt qu’une vision globale qui n’est tout au plus qu’une synthèse facile d’une somme de petits exemples, il est peut-être bon de voir cela à un plus petit niveau.

La vision globale comme une organisation de petits projets, au sein des entreprises, des lieux de vie au centre des villes et villages. Une sorte de centre de la réforme adaptée : Dosons le temps de travail ici, retouchons les salaires là, diminuons les salariés ici pour les faire glisser là où leur compétences vont être nécessaires.

Idéaliste, hein ?

 

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Published by Omega - dans Ceci...
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