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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 08:11

NOTE : Ce texte a été écrit il y a quelques années. Ma situation a quelque peu changé (à savoir que je ne manque de rien aujourd'hui, sur les sujets qui me préoccupaient ci-dessous). Et puis, puisqu'il s'agit de ça, mon boulot à changé surtout, et c'est pour le mieux, comme vous pourrez le voir :

...

 

En ce moment je découvre le pire ennemi de l’homme de bureau : le fauteuil à dossier réglable. Malheureux travailleur qui laisse négligemment le dossier en position souple et qui s’affaisse, inexorablement, pour ne bientôt plus atteindre le clavier à l’exception d………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………… auquel il essaye de se raccrocher pour reprendre pied.

 

La lassitude tue même les plus téméraires qui ont cette impression inamovible que tous sans exception à part lui trouvent qu’il est vraiment difficile de facturer un client sur ce nouveau tarif, avec ce nouveau matériel et ce nouveau logiciel ; qu’il est impensable de réussir à continuer de faire ce travail en nombre aussi restreint 7 heures par jour mais personne ne donnera de son temps, même contre un coup de pouce salarial, pour aider l’entreprise qui n’est finalement qu’un gros machin dont on ignore la réelle utilité et qui nous digère doucement. Ou plutôt, nous l’aidons à digérer comme une sorte de flore intestinale, coincé entre un état de parasite et une symbiose à l’équilibre bien fragile.

 

On ose pas s’investir dans la vie d’entreprise de peur d’être marginal au sein des délateurs, des profiteurs ou simplement de ceux qui se plaignent, constamment, de tout ce qui peut exister de plus quelconque et vain dans ce bas monde. Et en tant que spectateur de ce psychodrame de quartier, celui qui profite, qui relativise, peut-être même qui aime son travail, se demande s’il est tout à fait normal ou du moins tout à fait à sa place.

Ma vie doit-elle se résumer pour toujours à ce flot incessant d’âneries en tout genre entre le siège qui gratte, la moquette pleine de puces, la souris qui se bloque pour un oui ou pour un non, l’ordinateur trop lent, les messages trop rapides, et ce stress qui plane au-dessus des braves travailleurs, obligés de se bourrer de yaourts au Bifidus Actif le midi à la cantine pour éviter les aigreurs d’estomac et pourquoi pas un ou deux ulcères avant même l’âge de la retraite qui semble toujours plus s’éloigner à mesure qu’on s’en rapproche, phénomène probablement dû plus à une presbytie aggravée qu’à une fatigue psychologique ?

 

Aujourd’hui mon regard attentif espère se poser sur quelqu’un qui partage mon ressenti en cet endroit où semble se cristalliser tout ce qu’il y a de plus vil dans l’âme humaine.

Et j’enrage de me dire que dans d’autres circonstances où le travail eut été aligné sur les capacités intellectuelles de ceux qui l’exécutent, jamais je n’eus décelé cette pourriture qui mine le cœur des autres. Sans cet ennui qui m’accompagne en ce lieu, comme en tant d’autres d’ailleurs, je pourrais sans doute m’intégrer à cet amas de bestiaux au regard vitreux, sifflant du Michel Sardou en travaillant pour paraître plus joyeux que le voisin. Je pourrais sûrement comprendre d’où vient cet étrange phénomène qui fait que tous doivent être gentils entre eux pour pouvoir travailler convenablement. Mais enfin, suis-je donc le seul à être plus concentré si l’abruti de derrière s’arrête de chanter aussitôt qu’il prend un coup de mon parapluie derrière le crâne ?

Cet acte, aussi violent soit-il et me devant des remontrances de toutes et tous laisse tout de même échapper à ceux qui défendent l’abruti en question un profond soupir de pouvoir enfin travailler dans le calme.

 

Je désespère qu’un jour je puisse au moins comprendre ses vivants qui gravitent dans le même système que moi. Je me défend de vouloir en faire partie et pourtant j’aimerais posséder cette faible considération de la vie qui leur fait accepter leur situation sociale sans coup férir.

Leur air morose ressemble plus à de la résignation qu’à un début de révolte car ils savent qu’en étant le premier à laisser libre court à ses velléités révolutionnaires, on est seul face à un mur et qu’il faut bon nombre de martyrs pour que la masse se soulève. Alors ils attendent le sacrifice d’un autre qui ne vient jamais, ou qu’ils ne remarquent pas parce qu’ils n’y croient pas plus qu’au Père Noël. Le monde avance, ils le suivent doucement au pas en regardant leurs pieds et ne se rendent pas compte que le monde avance bien plus vite. En relevant la tête quand vient le moindre répit, ils pressent un peu le pas mais comprennent qu’on ne les a pas attendus.

Alors, certains tentent de courir, en pensant que peut-être le monde finira par faire une pause et les laissera revenir un peu ; ils se couvrent de ridicule en essayant d’attraper ce qui est déjà hors de portée. D’autres s’arrêtent purement et simplement, faisant croire que c’est volontaire et se complaisant dans leur stagnation, leur vie s’apparentant plutôt à un musée ou une photo jaunie d’une époque que l’on sait révolue.

Tous sont rongés par la frustration d’avoir raté le train, l’ennui fait place à l’aveuglement, seul rempart pour garder un peu d’espoir et peut-être croiser quelqu’un de perdu dans les même méandres nostalgiques ou modernistes, ou tout simplement décalés.

Peut-être que ces pages sont mon aveuglement ou mon symbole d’espoir. Espérant par votre regard obtenir un peu de chaleur humaine et de reconnaissance d’êtres tout aussi perdus que moi, j’exprime une vérité présente en chacun de nous mais que nous ne voyons que chez les autres. Belle considération de l’autre, incapable de voir chez lui ce que nous nous cachons avec tout autant de conviction.

 

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Published by Omega - dans Ceci...
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