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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 00:01

Non, je ne vais pas analyser l'oeuvre de Rudyard Kipling sous un jour barbare.

 

Je souhaitais aujourd'hui vous parler d'une oeuvre particulière, issu d'un "sous-genre" du neuvième art, le manga.

Cette oeuvre fait d'ailleurs partie d'une catégorie encore plus spécifique du manga, le Seinen (je vous invite à lire le chapitre sur les cibles éditoriales du Manga pour plus d'info : Classification des Mangas)

 

Beaucoup de "TOP" Mangas sont disponibles sur le Net pour tenter de hiérarchiser les oeuvres principales de ce genre.

On y retrouvera souvent (voire systématiquement) les oeuvres de Naoki Urasawa : "20th Century Boys", "Monster" ou "Pluto" (selon "Astro" d'Ozamu Tezuka) par exemple, qui sont de vrais bijoux narratifs.

 

Mais, si j'écris aujourd'hui, c'est pour vous parler de l'oeuvre d'un auteur souvent considéré comme "fainéant" (surtout si on le compare justement à Urasawa) du fait de la faible fréquence de sortie des chapitres de son titre-phare (et quasiment seul titre) : Kentaro Miura.

 

Ce titre qui me semble mériter un peu d'attention : Berserk

 

berserktitre

23 ans, et toujours en cours

36 tomes, avec une publciation française ayant rattrapée la japonaise il ya quelque temps, "malgré" Glénat

333 chapitres, ce qui en fait l'un des plus longs Seinen, avec une longueur plus proche d'un Shonen justement

3.500 litres d'encre de Chine (ce dernier chiffre est à confirmer)

 

 

Si beaucoup de lecteurs autour du monde excusent encore Miura de prendre son temps, et continue la lecture de son oeuvre, c'est que la qualité graphique est exceptionnelle. Ce qui est assez surprenant pour un manga s'étalant déjà sur plus de deux décennies, c'est que la qualité était déjà là dès les premiers tomes et on est pas déstabilisé par le trait, que l'on prenne en main le tome 2 ou 25, là où certains mangakas vont jusqu'à revoir les visuels des personnages principaux au fil de l'avancée de l'histoire (Bastard!!, entre autre).

 

 

Enfin, si les illustrations sont superbes, cela ne suffit pas à en faire un grand manga (ni même un bon manga).

Ce qui rend Berserk à part, c'est que les personnages son travaillés à l'extrême, l'histoire, de part une mythologie développée tout au long des 36 tomes, arrive à être universelle malgré sa complexité supposée, et peut se résumer à cela : un homme en quête de vengeance après avoir tout perdu.

 

berserk

 

Je vais essayer d'en révéler le moins possible de l'intrigue pour laisser le plaisir de le découvrir à ceux qui ne connaissent pas encore :

 

"Lors des 3 premiers tomes, on découvre Guts, un chevalier noir, borgne, avec à la place de l'avant-bras une bouche à feu surmonter d'une main metallique (cf.illustration ci-dessus), armé qui plus est d'une épée surnommée "tueuse de dragon" qui ressemble plus à une poutre métallique vaguement aiguisée qu'à un fleuret.

Il traverse comme un justicier un environnement moyenageux, sombre, crasseux, peuplé de crétins avides de sexe et de violence, d'elfes, de goules et de tout un bestiaire monstrueux qui lui colle aux basques.

 

ça ressemble à un pitch d'une mauvaise série B et les évènements des premiers chapitres vont plutôt dans ce sens.

Mais les personnages rencontrés par Guts gagnent rapidement en complexité pour brouiller, au même titre que Guts, la limite entre bien et mal (une des notions qui place justement Berserk dans la catégorie des Seinen).

 

C'est à la fin du troisième tome qu'une rupture brutale dans la trame de l'histoire apparait : après que Guts ait confronté sa Némésis, et ait échoué dans sa quête de vengeance, la narration faire un retour-arrière pour nous raconter l'enfance de Guts et les évènements qui l'ont amené là où il est."

 

la troupe du faucon

 

 

La structure particulière des premiers tomes provoque une implication du lecteur aussi malsaine et masochiste qu'irrésistible : on sait que l'époque que l'on découvre par la suite est révolue pour le héros, que Guts en sort avec des séquelles physiques et morales irrémédiables et que tout ce qu'il obtient difficilement dans ce laps de temps lui sera arraché par celui dont on connait alors le nom mais pas l'origine ni le visage.

 

Au final, toute la structure du récit à partir de ce tome 3 participe à la préparation de l'inéluctable.

On découvre un monde à tendance réaliste, à l'opposé de ce que l'on a pu en voir jusque là, guerrier mais lumineux, humain, dans lequel Guts se révèle désespérément normal, malgré ses aptitudes physiques supérieures, au travers d'une enfance au sein d'un groupe de mercenaire, de la recherche de reconnaissance de la part d'un père adoptif qui le déteste et dont la fin tragique le hantera toujours. Une enfance qui justifiera, comme souvent, quasiment à elle seule, toute l'évolution de Guts par la suite.

Par la suite, toujours mercenaire, Guts s'efforcera de pousser ses limites toujorus plus loin sur le champ de bataille jusqu'à rencontrer une troupe dont le chef sera pour lui, tout-à-tour, un rival, un ami, une figure paternelle dont il cherchera encore une fois la reconnaissance, un modèle.

 

Durant toute cette période, Miura s'efforce de dépeindre ce monde "ordinaire" qui bascule peu à peu vers le surnaturel jusqu'à l'horreur que l'on sait inévitable.

 

 

L'agressivité, la colère, la violence de Guts seront par la suite un élément central laissant le lecteur se demander si Guts sera capable, pour arriver à ses fins, à faire ce que sa Nemesis a fait pour parvenir à son statut.

 

Aujourd'hui encore, la question reste en suspens.

 

 

 

Malgré un sujet de départ avec lequel Miura aurait pu tomber dans un énième conte du bien contre le mal, avec un bonus de violence, de sexe, et une beauté visuelle qui ne gâche en rien la lecture ; on est surpris et emporté par un personnage excessif, extrème mais humain.

 

Un anti-héros comme il en existe tant, mais raconté avec un talent qui force l'admiration, surtout lorsque l'auteur arrive à maintenir une telle qualité sur 23 ans.

 

 

Berserk

 

NB : Un élément qui participe à la "légende" de Berserk : un chapitre perdu, le 83, situé pendant l'occultation (sous-entendu réservé à ceux qui savent ce qu'est l'occultation), que Miura a prépublié dans le Young Animal avant de demander de le retirer des tomes reliés car il en révèlerait trop sur les tenants et aboutissants de son histoire.

Ce chapitre peut se trouver dans certains recoins du net (y compris retravaillé avec des textes français) pour les avides d'information exclusive.

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Published by Omega - dans Divers
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